Après O2feel, Neomouv, la disparition de Cosmo Connected et plusieurs secousses qui ont ébranlé l’industrie du vélo ces derniers mois, un nouveau chapitre s’écrit dans la longue crise que traverse le secteur. Cette fois, c’est autour d’Accell, l’un des plus grands groupes vélos européens, que les lignes bougent.
Deux mois après sa faillite, une partie des actifs du géant néerlandais vient de trouver un repreneur. Le groupe singapourien Dutech Holdings annonce reprendre plusieurs marques emblématiques, dont Batavus, Koga et Babboe. Une bonne nouvelle pour ces enseignes, leurs distributeurs et leurs utilisateurs. En revanche, l’avenir de Lapierre reste, pour l’instant, en suspens.

Une reprise qui sauve plusieurs marques historiques
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Dutech ne rachète pas l’ensemble d’Accell. L’opération porte uniquement sur certains actifs du groupe, dans le cadre de la procédure de faillite.
Dans son panier, l’investisseur singapourien récupère notamment les marques Batavus, référence du vélo urbain aux Pays-Bas, Koga, connue pour ses vélos de voyage haut de gamme, ainsi que les spécialistes du vélo cargo Babboe et Carqon. S’ajoutent également Loekie, dédiée aux vélos enfants, et XLC, marque bien connue de composants et d’accessoires. L’accord inclut aussi les activités hongroises du groupe et l’usine Hunland, qui avait récemment repris sa production.
Cette reprise permet d’éviter une disparition pure et simple de plusieurs marques historiques du paysage cycliste européen. Pour les revendeurs comme pour les consommateurs, c’est un premier signal de stabilité dans un contexte particulièrement tendu.
Pourquoi le secteur du vélo traverse-t-il une telle crise ?
Pour comprendre cette succession de faillites, restructurations et rachats, il faut revenir quelques années en arrière. Pendant la période Covid, le marché du vélo a connu une croissance spectaculaire. Face à la demande, les fabricants ont massivement augmenté leurs commandes et leurs capacités de production. Lorsque le marché s’est normalisé à partir de 2023, les stocks se sont retrouvés surdimensionnés. Résultat : des entrepôts remplis de vélos, des promotions permanentes pour écouler les stocks, des marges en baisse et des trésoreries sous pression.
Même les plus grands acteurs n’ont pas été épargnés. Accell, qui détenait un portefeuille impressionnant de marques européennes, s’est retrouvé fragilisé par cette situation. Sa faillite a marqué un tournant symbolique : si un groupe de cette taille peut tomber, aucun acteur n’est réellement à l’abri. Dans ce contexte, les rachats, consolidations et restructurations deviennent presque la nouvelle norme du marché.
Dutech, un investisseur déjà bien implanté dans le vélo
Le nom de Dutech Holdings est encore peu connu du grand public européen. Pourtant, le groupe dirigé par l’investisseur Johnny Liu est déjà présent dans l’univers du cycle. Il possède notamment plusieurs marques allemandes comme Prophete, Kreidler ou encore VSF Fahrradmanufaktur. L’entreprise dispose également de sites d’assemblage en Allemagne et en Pologne, ainsi que d’une solide expérience dans la reprise d’entreprises en difficulté.
En 2023, Dutech avait déjà repris les actifs de Prophete après son insolvabilité. L’opération avait permis de maintenir l’activité industrielle et de préserver l’emploi sur les différents sites. Le groupe affiche aujourd’hui la même ambition pour les marques issues d’Accell : sécuriser leur avenir et relancer progressivement les activités.
Tout n’est pas réglé pour autant
Malgré cette annonce positive, plusieurs questions restent ouvertes. La première concerne les stocks. Avant même la finalisation de la reprise, les administrateurs judiciaires avaient vendu une grande partie des vélos disponibles aux Pays-Bas au distributeur néerlandais 12GO Biking. Dutech récupère donc les marques, mais pas les milliers de vélos déjà écoulés dans le cadre de la liquidation.
Autre sujet crucial : le service après-vente, les garanties et l’approvisionnement en pièces détachées. Les nouvelles équipes travaillent actuellement à remettre en place l’ensemble de ces processus, mais de nombreuses modalités restent encore à préciser. Pour les revendeurs, la période de transition pourrait donc encore durer plusieurs mois.

Lapierre attend toujours son repreneur
En France, tous les regards sont désormais tournés vers Lapierre. La marque dijonnaise, placée en redressement judiciaire, suit une procédure distincte de celle des actifs repris par Dutech. Son avenir ne fait donc pas partie de l’accord annoncé cette semaine. Les candidats à la reprise ont jusqu’au 28 octobre pour déposer leurs offres. Plusieurs acteurs auraient montré leur intérêt ces dernières semaines, mais aucun scénario ne semble encore arrêté. Pour les 106 salariés du site de Dijon, l’attente continue.
Une industrie qui se réorganise
La reprise de Batavus, Koga ou Babboe montre qu’il existe toujours une valeur importante derrière les grandes marques du cycle européen. Mais elle illustre aussi la profonde transformation actuellement à l’œuvre dans le secteur. Après l’euphorie du boom vélo, l’heure est désormais à la consolidation. Les entreprises les plus fragiles disparaissent ou changent de mains, tandis que les groupes disposant d’une assise financière solide cherchent à renforcer leurs positions.
Pour les pratiquants, cette période peut sembler inquiétante. Pourtant, elle traduit aussi un retour progressif à un marché plus rationnel, dans lequel les marques devront prouver leur capacité à innover, à produire efficacement et à répondre aux attentes réelles des cyclistes.
Reste désormais à savoir qui écrira la prochaine page de l’histoire de Lapierre. C’est probablement l’un des dossiers les plus suivis par l’ensemble de la filière vélo française.












