Le vélo en fil conducteur
Un vélo peut changer une journée. Parfois, il change une vie. Celle de Stanislas Jallot s’est écrite à coups de pédales, de détours urbains, d’intuitions nées dans la rue et d’engagements concrets. Avant de devenir entrepreneur, militant ou inventeur, il a d’abord été un enfant qui, à vélo, découvre une liberté nouvelle.
En 2006, il a 12 ans lorsque sa famille s’installe à La Haye, aux Pays-Bas. Jusqu’alors, le quotidien est largement rythmé par la voiture. À peine arrivés, ses parents emmènent la fratrie chez un marchand de vélos. Chacun repart avec le sien. Ce geste anodin marque un basculement profond. Stanislas découvre alors ce qu’est une ville pensée pour le vélo : des déplacements autonomes dès l’enfance, des trajets simples et sûrs pour aller à l’école, voir des amis, rejoindre la plage ou rentrer tard sans inquiétude.
Le vélo devient un outil d’émancipation, mais aussi un ciment familial. Les parents y trouvent eux aussi une liberté nouvelle : moins de trajets motorisés, plus de fluidité, une organisation du quotidien transformée. Cette expérience fondatrice s’imprime durablement. Le vélo n’est plus un loisir, il devient une évidence.

Le vélo : un levier de transformation des territoires
Quelques années plus tard, étudiant à l’université de Warwick au Royaume-Uni, Stanislas se retrouve confronté à une autre réalité : un campus immense, peu adapté aux déplacements autrement qu’à pied ou en voiture. Là encore, l’observation précède l’action.
Il identifie un manque, imagine une solution, et cofonde UniCycles, le premier système de vélos en libre-service du campus. Cinquante vélos, dix stations, trois années de travail menées en parallèle des études. Le succès est immédiat. Le service grandit, double de taille, puis change d’échelle. Dix ans plus tard, l’initiative étudiante est devenue un réseau régional de plusieurs milliers de vélos.
Pour Stanislas Jallot, c’est une confirmation : le vélo n’est pas seulement un moyen de transport, c’est un levier de transformation des territoires quand il répond à un usage réel.
Diplômé de la Warwick Business School, il poursuit son parcours professionnel dans l’univers de la mobilité partagée. Il rejoint des start-up pionnières, travaille sur des déploiements à grande échelle, occupe des postes de direction. Mais au-delà des fonctions, un fil rouge demeure : améliorer concrètement la place du vélo en ville. Cette cohérence entre convictions personnelles et trajectoire professionnelle façonne peu à peu son identité d’entrepreneur engagé.
Une trajectoire guidée par le vélo
Son engagement ne s’arrête pas aux projets économiques. En 2020, à Paris, un épisode presque fortuit marque une nouvelle étape. Lors d’un trajet à vélo, il croise des bénévoles en train de baliser des pistes cyclables temporaires pour aider les nouveaux cyclistes à s’orienter. Il s’arrête, discute, s’implique. Quelques jours plus tard, il rejoint une association de défense du vélo urbain.
Il y découvre une communauté dense, experte, déterminée, capable d’agir à la fois sur le terrain et dans le dialogue avec les collectivités. Réunions publiques, analyse de plans de circulation, propositions d’aménagements, actions de sensibilisation : le militantisme devient pour lui une extension naturelle de son engagement pour des villes plus respirables et apaisées. Il constate, année après année, que ces actions produisent des effets concrets sur l’espace urbain.

De l’observation à la création
C’est justement dans l’observation du quotidien parisien qu’émerge l’idée de la selle Jallot. En effet, si pour Stanislas le vélo est une seconde nature, ce n’est pas le cas de sa femme. Malgré l’achat d’un vélo vintage, elle ne se sent pas en sécurité dans la circulation parisienne et finalement le vélo reste à la cave.
Un jour, il lui propose de s’installer sur le porte-bagages de son Véligo à assistance électrique. Surprise : ça fonctionne, mais la solution reste précaire, inconfortable et surtout, non conforme à la réglementation. Cette frustration, largement partagée par les cyclistes urbains, agit comme un déclic. Pourquoi le vélo resterait-il condamné au monoplace, alors que le partage est au cœur des mobilités de demain ?
Stanislas Jallot se lance alors dans un nouveau défi entrepreneurial. Avec l’appui d’un bureau d’ingénierie et de design spécialisé, il conçoit une selle double capable d’accueillir deux adultes sur un vélo classique. Le défi est à la fois technique, ergonomique et symbolique. Il faut créer un objet robuste, léger, facile à installer, mais aussi questionner les usages et le cadre réglementaire existant.
Les prototypes sont testés dans les rues de Paris, auprès de cyclistes aux profils variés. Les retours sont clairs : la selle ouvre de nouveaux possibles sans passer par le longtail. Elle permet de partager un trajet, d’accompagner un proche, de redonner au vélo une dimension conviviale souvent oubliée.
Le vélo vecteur de lien social
Avec la selle Jallot, Stanislas ne cherche pas seulement à lancer un produit. Il propose une vision. Celle d’une ville où le vélo n’est pas uniquement un outil de performance ou d’efficacité, mais aussi un espace de lien social. Une ville où l’innovation naît de l’usage, du terrain, et d’une compréhension fine des besoins réels.
Aujourd’hui, son parcours forme un tout cohérent. De l’enfant découvrant la liberté à vélo aux Pays-Bas, à l’entrepreneur créant des services de mobilité, au citoyen engagé dans la transformation urbaine, jusqu’à l’inventeur d’un objet qui bouscule les codes, une même conviction traverse les années : le vélo change la vie quand on lui donne la place qu’il mérite. Car oui, pour Stanislas, la liberté est souvent à portée de pédale.
Le vélo de Stanislas
Stanislas a roulé sur toutes sortes de vélos au cours de sa vie : du vélo hollandais au Véligo en passant par le Vélib… dès que cela roule à la force du mollet ou avec une petite assistance, il est partant.
Si pour vous aussi le vélo est une seconde nature, envoyez-nous vos témoignages à contact@cityride.fr









