Plus propre, silencieuse et facile à entretenir, la courroie séduit de plus en plus sur les vélos urbains et électriques. Avantages, limites et chiffres du marché.
Longtemps considérée comme une curiosité réservée à quelques vélos urbains haut de gamme, la transmission par courroie commence à sortir de sa niche. Elle équipe désormais un nombre croissant de VAE, vélos de ville, vélos de trekking et cargos. Plus propre, silencieuse et moins contraignante à entretenir qu’une chaîne, elle semble particulièrement bien adaptée à un vélo utilisé comme véritable moyen de transport. Mais elle a aussi ses contraintes : prix, compatibilité et architecture du vélo. Alors, pourquoi la courroie progresse-t-elle ?
À retenir
- La chaîne reste très largement majoritaire sur les vélos électriques.
- En France, elle représentait encore 83,6 % des transmissions de VAE en 2025 selon Mordor Intelligence.
- Les transmissions par courroie progressent toutefois plus rapidement et devraient continuer à gagner des parts de marché.
- Leur fonctionnement propre, silencieux et leur faible besoin d’entretien correspondent particulièrement bien aux usages urbains quotidiens.
- Leur coût et leurs contraintes techniques constituent encore des freins à leur démocratisation.
La chaîne reste reine, mais la courroie avance
Pas question, pour l’instant, de ranger la bonne vieille chaîne au musée. Elle reste de très loin la transmission la plus répandue sur les vélos, y compris électriques. En France, 83,6 % des VAE vendus en 2025 étaient encore équipés d’une transmission par chaîne, selon les données de Mordor Intelligence. À l’échelle européenne, cette proportion était de 71,48 %.
Mais le détail intéressant se trouve dans la dynamique du marché. Mordor Intelligence estime que les transmissions à courroie devraient progresser de 5,07 % par an en France, contre une progression plus modeste pour les transmissions à chaîne. En Europe, la croissance annuelle attendue pour la courroie atteint 5,54 %.


Autrement dit, la courroie ne détrône pas la chaîne : elle grignote progressivement du terrain. On le voit régulièrement avec nos vélos de test, de plus en plus régulièrement montés en courroie… Un signe ?
Une tendance également relevée par Bike Europe. Dans une analyse publiée en septembre 2026, le magazine professionnel rapporte que plus de 15 % des vélos neufs vendus dans le monde seraient désormais équipés d’une transmission par courroie, selon Gates. Ce chiffre doit toutefois être considéré comme un indicateur de tendance plutôt que comme une mesure indépendante et exhaustive du marché, puisqu’il provient de l’un des principaux fabricants de cette technologie.
Pourquoi cette progression ? Parce que le vélo n’est plus seulement considéré comme un équipement de loisir.
Quand le vélo devient un moyen de transport
Pour aller travailler, faire ses courses, accompagner les enfants à l’école ou rejoindre une gare, les critères de choix ne sont pas tout à fait les mêmes que pour une sortie sportive.
On veut pouvoir enfourcher son vélo tous les jours, par tous les temps, sans se demander si la transmission va réclamer un nettoyage après chaque trajet. Et c’est précisément là que la courroie devient intéressante.
Pas besoin de graisse, pas de chaîne qui se salit et se couvre de poussière, pas de maillons qui finissent par rouiller. Une courroie fonctionne également dans un silence presque total. Des caractéristiques qui prennent tout leur sens lorsqu’un vélo est utilisé quotidiennement.
Gates met notamment en avant l’absence de lubrification et de corrosion ainsi qu’une durée de vie supérieure à celle d’une chaîne classique. Le fabricant annonce généralement une longévité deux à trois fois supérieure, même si celle-ci dépend évidemment de l’utilisation, des conditions de roulage et de l’entretien de l’ensemble de la transmission.
Mordor Intelligence relève de son côté l’intérêt de cette technologie pour les navetteurs et les gestionnaires de flottes, précisément en raison de ses besoins d’entretien réduits. L’organisme estime que les transmissions à courroie peuvent dépasser 10 000 km avant intervention, selon les conditions d’utilisation.
Pour un vélo qui roule quelques kilomètres chaque jour, la différence devient vite concrète : moins de temps passé à nettoyer et lubrifier, et moins de risques de salir un pantalon en manipulant la transmission.


Une courroie, ce n’est pas simplement une chaîne en plastique
La comparaison s’arrête toutefois assez vite. Installer une courroie demande de concevoir le vélo différemment.
Une chaîne peut être ouverte à n’importe quel endroit pour être montée sur le vélo. Une courroie, elle, constitue une boucle continue. Le cadre doit donc permettre son installation, généralement grâce à une ouverture au niveau du triangle arrière, ou avoir été conçu dès le départ autour de cette contrainte.
Autre différence essentielle : la courroie ne fonctionne pas avec un dérailleur classique.


Sur un vélo urbain à courroie, on retrouve donc généralement un moyeu à vitesses intégrées, comme les Shimano Nexus ou Alfine, une transmission à variation continue Enviolo, ou encore une boîte de vitesses Pinion.
Cette association est loin d’être anodine. Elle permet de placer l’ensemble du mécanisme à l’abri dans le moyeu ou le boîtier de transmission et de supprimer le dérailleur exposé aux projections, aux chocs et à la saleté.
C’est également ce qui explique l’intérêt croissant des fabricants pour les architectures associant moteur, boîte de vitesses et courroie. Sur un vélo électrique conçu comme un véritable véhicule du quotidien, l’ensemble peut former une transmission particulièrement cohérente.
Pourquoi la courroie colle si bien au VAE
Sur un vélo musculaire léger et sportif, chaque gramme compte davantage. Avec un VAE urbain ou un vélo cargo qui pèse facilement plus de 20 kg, la philosophie est différente.
Le poids supplémentaire éventuel du système de courroie et d’une transmission intégrée devient relativement secondaire face au poids total du vélo. En contrepartie, l’utilisateur gagne en simplicité et en confort d’utilisation.
L’intérêt est encore plus évident avec un moteur central. Celui-ci transmet son couple à la roue arrière via la transmission, ce qui peut soumettre celle-ci à des contraintes importantes. Les fabricants proposent d’ailleurs des courroies spécifiquement adaptées aux VAE à moteur central. Gates commercialise par exemple ses systèmes CDC pour des VAE urbains à moteur central jusqu’à 75 Nm.
Et le marché français est justement très favorable à ce type de vélo : les modèles à moteur central représentaient 55,38 % du marché français du VAE en 2025 selon Mordor Intelligence, tandis que les vélos à usage urbain représentaient 76,02 % du marché.
La courroie trouve donc naturellement son terrain de jeu dans un univers où elle peut apporter le plus de bénéfices.

Propre, silencieuse… mais pas magique
Il ne faudrait pourtant pas transformer la courroie en solution miracle.
Son premier défaut est son prix. Un vélo équipé d’une courroie est généralement plus cher qu’un modèle comparable à chaîne, notamment parce que le cadre, les pignons et le système de changement de vitesses doivent être compatibles.
La réparation peut également être moins évidente. Une chaîne cassée peut être réparée ou remplacée relativement facilement par n’importe quel vélociste. Une courroie nécessite une pièce spécifique et, surtout, un vélo conçu pour l’accueillir.
Elle demande aussi une tension correcte. Trop lâche, elle peut sauter ; trop tendue, elle peut perturber le fonctionnement de la transmission et solliciter inutilement certains composants.
Enfin, la courroie n’est pas forcément la meilleure réponse à tous les usages. Sur un vélo de route sportif, un gravel orienté performance ou un vélo équipé d’un dérailleur à très large plage de rapports, la chaîne conserve des arguments sérieux en matière de polyvalence et de compatibilité.
Le prix reste le principal frein
Le développement de la courroie pourrait néanmoins être favorisé par une évolution assez logique : la baisse progressive du coût des systèmes.
Gates travaille depuis près de vingt ans sur les transmissions de vélo et cherche désormais à élargir leur accès à des modèles plus abordables. En juin 2026, l’entreprise a ainsi présenté trois nouvelles familles de pignons destinées notamment à faciliter l’intégration de transmissions par courroie sur des vélos d’entrée et de milieu de gamme.
Le mouvement ne concerne d’ailleurs plus uniquement Gates. D’autres industriels développent leurs propres solutions, tandis que les constructeurs multiplient les vélos urbains, VTC et cargos associant courroie et transmission intégrée.
Cette multiplication des offres peut contribuer à réduire le caractère « premium » de la technologie.

Une transmission pensée pour la ville
C’est probablement là que se trouve le véritable changement. La courroie n’est pas en train de remplacer la chaîne : elle répond à une évolution du vélo lui-même.
À mesure que le vélo devient un moyen de déplacement quotidien, les utilisateurs recherchent moins une transmission capable de battre des records de poids qu’un système fiable, silencieux et peu contraignant.
Le développement des VAE, des vélos cargos, des transmissions intégrées et des motorisations toujours plus sophistiquées renforce cette logique. En France, les vélos cargos et utilitaires constituent d’ailleurs l’un des segments qui progressent le plus rapidement selon Mordor Intelligence.
La courroie a donc encore du chemin à parcourir avant de menacer sérieusement la domination de la chaîne. Mais son implantation est désormais suffisamment importante pour que les fabricants investissent dans son développement et que les vélocistes la proposent de plus en plus souvent.
Et pour le cycliste urbain qui veut simplement rouler tous les jours sans avoir à penser à sa transmission, l’argument est plutôt convaincant : parfois, le progrès ne consiste pas à ajouter une fonction au vélo, mais à lui demander moins d’attention.
Source : Mordor intelligence et Bike Eu









